Publié le 06.02.18

Vivre d’air pur et d’eau fraîche : est-ce possible en ville ?

Plus de 4500 personnes étaient présentes jeudi dernier au Centquatre pour assister à la 3ème édition de la Maddy Keynote, dédiée à la Cité du futur. Habitat, Mobilité, Bien-être et Agora : quatres grandes thématiques ont rythmé cette journée d’échanges, d’expériences et de rencontres pour nous plonger dans la ville de demain. Retour sur la conférence “Vivre d’air pur et d’eau fraîche” à laquelle  a participé Frédéric Verdavaine, Directeur général adjoint de Nexity.

Animée par Géraldine Russel, journaliste chez Maddyness, cette table-ronde a rassemblé Corinne Lepage, Ancienne Ministre de l’environnement, Henri Landes, Directeur Général de la Fondation GoodPlanet, Hugo Meunier, Président-Fondateur de Merci Raymond et Frédéric Verdavaine, Directeur général adjoint de Nexity.. À la clef, une heure de discussions passionante autour des grands enjeux de demain en matière de végétalisation.

La France à la traîne des métropoles vertes

“Lorsque l’on pense à la place de la nature en ville, on se dit tout d’abord qu’on peut faire beaucoup mieux”, lance Corinne Lepage. Dans les grandes agglomérations françaises, malgré l’existence de parcs et de jardins, très peu d’espaces sont aujourd’hui végétalisés. Rares sont par exemple les toits et les façades qui sont passés au vert et l’usage des plantes dépolluantes – dont on reconnaît aujourd’hui l’efficacité – est encore très marginal.

L’ancienne Ministre de l’environnement donne l’exemple de Paris, où un grand nombre d’immeubles disposent d’une cour intérieure et de balcons à chaque appartement : des espaces souvent inexploités qui pourraient pourtant avoir des effets très positifs à l’échelle d’une grande ville. Installer des micro-fermes, installer des cultures sur les trottoirs surdimensionnés ou encore redécouvrir nos rivières enterrées… nos moyens d’agir sont nombreux mais doivent se penser au niveau global.

Même constat pour Hugo Meunier, qui insiste sur l’urgence d’agir. Il rappelle que, depuis 20 ans, le nombre de maladies n’a cessé d’augmenter dans les villes et qu’en matière de végétalisation, la France est à la traîne. Selon un rapport établi par une équipe de chercheurs d’un laboratoire du MIT (Massachusets Institute of Technology), Paris serait aujourd’hui en queue de classement des métropoles les plus « vertes » du monde, en comparaison avec une trentaine de grandes villes qui ont été passées au crible. La Ville Lumière est bien loin derrière le trio de tête que forment Singapour, Sydney et Vancouver dont presque un tiers du panorama est occupé par du vert (contre à peine 9% pour Paris).

Ce n’est pas le modèle de la ville qu’il faut imposer à la campagne mais c’est le modèle de la campagne qu’il faut imposer à la ville

Hugo Meunier

Des villes comme Munich ou New-York font figurent de bons élèves d’après Corinne Lepage. Pour gérer leur alimentation en eau, ces villes utiliseraient beaucoup moins de technique, en passant directement des contrats avec les agriculteurs qui sont sur les sources d’eau. Un système qui permettrait à la fois de se libérer totalement des pesticides et de développer une agriculture de proximité.

Pour Hugo Meunier, si nous voulons suivre ces modèles, cela passera avant tout par davantage de décentralisation. La problématique de la végétalisation de nos villes est selon lui entre les mains de tous : “Demain, tout le monde devra contribuer à végétaliser sa ville. Ce ne seront pas les pouvoirs publics qui le feront car ils n’ont pas cet argent”.

Agir rendrait-il heureux ?

En ce qui concerne les enjeux du changement climatique, Henri Landes affiche un certain pessimisme sur notre capacité à rester sous les 2 degrés de réchauffement et à inverser rapidement la tendance sur la perte de biodiversité. Pour autant, à l’image du slogan de sa Fondation “Agir rend heureux”, il semble loin d’être résigné. Pour lui, il y a un fort intérêt à encourager les initiatives vertes au niveau local car les rétroactions positives à s’engager peuvent avoir un très fort impact au niveau global. Dans le bois de Boulogne, où loge le siège de la Fondation GoodPlanet, le public est invité à expérimenter la permaculture et le jardinage à travers une série d’activités pédagogiques. “Sur ces ateliers, nous explique-t-il, on réalise que ce n’est pas quelque chose de difficile que de mettre les mains à la terre et on prend conscience que cela redonne du bonheur et du lien social”.

Plutôt que de penser systématiquement l’écologie sous le prisme économique et de ce qu’elle coûte, il est nécessaire de remettre les indicateurs de bien-être au coeur de la politique publique

Henri Landes

Si les avancées technologiques apportent leur lot de bénéfices, en améliorant par exemple la fertilité des sols ou les conditions de travail des paysans, beaucoup d’innovations restent avant tout sociales et même organisationnelles. “L’extension scientifique de l’agroécologie et de la permaculture n’est pas une innovation technologique, elle relève avant tout des échanges de bonnes pratiques entre les agriculteurs”, souligne Henri Landes.

Donner à tous la capacité d’agir

Si les espaces extérieurs semblent être les premiers terrains d’actions de la ville verte, Frédéric Verdavaine rappelle que l’habitat joue un rôle prépondérant dans la durabilité urbaine : “L’air qu’on respire chez soi est 5 à 10 fois plus pollué que l’air qu’on respire à l’extérieur de chez soi alors qu’on passe 80% de son temps dans des espaces clos”. Pour lui, il est impératif de construire différemment et avec des matériaux qui permettent de diminuer cette pollution intérieure. Mais l’écologie est aussi et surtout une question d’usage. Un bâtiment produisant des millions de tonnes de déchets – très difficiles à traiter, il est nécessaire de voir plus loin que la première vie d’un logement, en anticipant ses futures mutations dès la phase de construction.

Le logement ancien représente toutefois 9 millions de copropriété, il n’est donc pas question de négliger son importance et de se limiter au logement neuf. Et dans ce domaine, il est avant tout question d’accessibilité : “tout le monde a le sens de l’écologie mais il faut donner aux gens la possibilité d’agir”, rappelle Frédéric Verdavaine. La durabilité des logements de copropriété implique une rénovation énergétique qui ne peut pas être résolue par des réponses qui seraient uniquement d’ordre technologique. Ce qui compte avant tout, c’est la solvabilité des foyers : la capacité financière des citoyens français de faire les travaux nécessaires à la réduction massive des émissions de gaz à effet de serre et de CO2. Pour Frédéric Verdavaine, l’ensemble des acteurs doivent être inclus dans l’identification et la mise en oeuvre de solutions, à commencer par les pouvoirs publics, avec une politique stable et des d’actions de financement vertueuses.

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