Publié le 18.10.18

Avec la blockchain, la voiture devient (vraiment) autonome

Sécurité, traçabilité, gestion de la supply chain, paiement… Autant d’enjeux auxquels doit aujourd’hui répondre la blockchain à l’aune du tout autonome. Cette technologie de stockage de données, désormais présentée comme la « quatrième révolution industrielle » offre des perspectives prometteuses de déploiement de la voiture autonome à grande échelle et participe déjà à repenser la mobilité de demain.

Les constructeurs et équipementiers du secteur continuent d’avancer sur le développement des voitures autonomes. BMW, General Motors, Ford et Renault ont d’ailleurs créé cette année le consortium MOBI (Mobility Open Blockchain Initiative) afin d’explorer les usages de la blockchain open source dans les domaines technologiques des industries de l’automobile et de la mobilité. Pour Chris Ballinger, Président de MOBI, “la chaîne de blocs et les autres technologies connexes renforçant la confiance vont redéfinir l’industrie automobile et la manière dont les consommateurs achètent, assurent et utilisent les véhicules”.

À Rouen, la voiture sans chauffeur est déjà une réalité. En partenariat avec le groupe Transdev, Renault expérimente en effet depuis le 2 octobre la première flotte de voitures autonomes en libre-service d’Europe. Si les constructeurs s’intéressent aujourd’hui à la technologie blockchain, c’est parce que celle-ci permet de démultiplier les fonctionnalités de ce type de véhicule et surtout, de créer une synergie avec la ville de demain.

Garantir davantage de sécurité

Si la voiture autonome suscite déjà l’intérêt de nombreux conducteurs, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un ordinateur comme un autre, qui s’expose donc aux cyber-attaques.

Pour en assurer la sécurité, certains constructeurs se tournent donc désormais vers la blockchain. C’est le cas notamment de Porsche, qui a choisit d’introduire cette technologie sur l’un de ses véhicules. En partenariat avec la startup Xain, le constructeur automobile s’appuie sur cette technologie afin d’amplifier le niveau de protection du véhicule lors du déverrouillage des portes. Grâce à la chaîne de blocs, le conducteur communique avec son véhicule sans passer par un serveur tiers permettant à la fois l’inviolabilité du véhicule et également d’accélérer le temps de réponse de celui-ci (Les tests effectués sur la Panamera ont d’ailleurs démontrés que les portes pouvaient s’ouvrir en 1,6 secondes, soit six fois plus rapidement qu’auparavant).

Le géant Allemand ne compte pas s’arrêter là. “Cette technologie moderne va faciliter notre offensive dans l’électromobilité, notamment grâce à une authentification à la fois plus rapide, simple et sûre au niveau des bornes de recharge et du paiement” affirme Michael Uwe, Vice Président des systèmes électriques et électroniques de Porsche. Parmi les futures applications de la blockchain, on retrouve effectivement la question du paiement. Pour être totalement autonome, le passager du véhicule ne devrait en effet pas avoir à sortir sa carte bancaire lors de sa recharge en électricité ou d’un passage sur l’autoroute. Suivant ce principe, Porsche et son partenaire Xain ont imaginé la possibilité d’intégrer et d’exécuter un contrat intelligent sur la blockchain – appelé aussi smart contract – qui débitera le montant nécessaire sur le compte bancaire du passager pour l’envoyer directement à la borne de recharge. À l’avenir, le même schéma pourrait être envisageable pour le paiement des frais de stationnement ou des frais d’assurance.

Permettre la traçabilité pour les utilisateurs et pour la supply chain

Si internet a permis la transmission de l’information, la blockchain en assure le stockage. En effet, agissant comme une sorte de registre décentralisé et inaltérable, la technologie blockchain permet d’inscrire une donnée dans le temps, théoriquement impossible à supprimer. Un atout considérable pour suivre l’évolution d’un véhicule, conduisant PSA et Covéa à la création d’un carnet d’entretien numérique. Ce carnet vise à rendre impossible la fraude au kilométrage et permet donc aux acheteurs d’occasion de repérer les compteurs trafiqués. À l’avenir, le carnet numérique du groupe français pourrait également produire l’ensemble des factures, apporter la preuve des différents entretiens effectués au cours du cycle de vie du véhicule, et ainsi montrer qu’il n’y a pas eu de sinistre important sur le véhicule.

Du côté des industriels, la blockchain pourrait également représenter un atout considérable, notamment pour favoriser une meilleure gestion de la supply chain. Souvent reconnue pour sa complexité, la chaîne d’approvisionnement automobile est un système impliquant de nombreux acteurs – fournisseurs, distributeurs, organismes de réglementation, compagnies d’assurances, etc. – et de nombreux matériaux, souvent issus des quatre coins du monde. Le système de stockage des données propre à la blockchain pourrait par exemple permettre d’archiver l’ensemble des informations relatives aux matières premières (provenance, authenticité, date d’achat, etc.) et garantir une meilleure collaboration entre tous les partenaires de la supply chain.

Sans conducteur, les voitures devront être capables d’interagir avec les infrastructures de la ville de demain. Le véhicule autonome doit en effet s’adapter aux routes, aux immeubles et à la signalisation pour pouvoir rouler en toute sécurité. C’est pour répondre à cet enjeu qu’en décembre 2017, Renault a lancé un projet pilote appelé SCOOP (pour “Système Coopératif”) en partenariat avec le ministère de la transition écologique et solidaire, les collectivités territoriales, les gestionnaires d’infrastructures, etc., afin de préparer les infrastructures routières à la voiture connectée. Concrètement, des capteurs ont été placés sur une flotte de véhicules capables de détecter certains évènements tels qu’une plaque de verglas, un choc ou encore une panne. « L’idée avec la connectivité V2X** (pour Vehicle-to- Everything) est d’anticiper certains événements. Par exemple, une zone de travaux est aujourd’hui vue à la dernière minute par le conducteur. Ici, le gestionnaire routier peut transmettre les informations afin d’informer plus en amont le conducteur qui peut anticiper et n’a pas à freiner à la dernière minute », explique Delphine Duperray, chef du projet Scoop chez PSA dans un entretien pour l’Usine Digitale. Si les systèmes de communication V2X sont principalement axés aujourd’hui sur la circulation routière, ils seront demain capables de communiquer avec les parkings, l’éclairage public mais aussi les cyclistes et les piétons. L’arrivée de la 5G devrait d’ailleurs considérablement accélérer le déploiement de ces innovations et permettre de multiplier encore davantage les communications en temps réel.

 

*Le Mondial de l’Auto s’est tenu à Paris du 4 au 14 octobre 2018.
**La technologie V2X est une technologie de communication entre le véhicule et son environnement (autres véhicules, infrastructures, piétons, etc.).