Publié le 09.07.18

Mobilité durable : les métropoles françaises passées au crible par Greenpeace

Alors que la France vient d’être assignée par la Commission Européenne devant la Cour de Justice pour non respect de la directive européenne de 2008 sur la qualité de l’air, Greenpeace dévoile son « Panorama de la mobilité durable ». Un rapport réalisé en collaboration avec le Réseau Action Climat* qui vise à évaluer les efforts de 12 métropoles françaises pour la réduction du trafic automobile.

Le constat est sans appel : la pollution de l’air est aujourd’hui la 3ème cause de mortalité en France et le trafic routier en est en grande partie responsable. En 2016, l’Agence nationale de santé publique estime le nombre de morts dus à la pollution atmosphérique à 2 500 personnes (ces décès seraient principalement liés à la concentration de particules fines que recrachent les voitures diesel). “La plupart (des villes) doivent de toute urgence avancer sur les restrictions d’utilisation des véhicules polluants et sur les développements des alternatives” mentionne donc l’ONG dans son rapport.

Face à ce constat, Greenpeace a choisi d’évaluer les initiatives prises par 12 grandes villes françaises afin de réduire, puis supprimer le trafic automobile polluant de leurs territoires.

Les critères d’évaluation

Grâce aux analyses et témoignages d’associations locales, Greenpeace a définit quatre grands critères d’évaluation :

  1. Les restrictions sur les voitures polluantes (diesel et essence)
  2. Le renforcement de l’offre de transports en commun
  3. Les incitations au changement des comportements citoyens
  4. La mise en place d’un réseau de vélo

(Ce rapport vise 12 métropoles : Strasbourg, Nantes, Paris, Grenoble, Toulouse, Bordeaux, Lyon, Rennes, Lille, Montpellier, Marseille, Nice).

Strasbourg et Nantes prennent la tête du classement  

Avec des résultats très encourageants annoncés dès 2015 (Strasbourg est alors lauréate de l’appel à projets « Villes respirables à 5 ans »), la ville alsacienne se démarque et obtient 4 points sur 5 pour les 3 critères suivants : les pistes cyclables, les incitations au changement des comportements citoyens et le renforcement de l’offre de transports en commun ainsi que 2 points pour les restrictions sur les voitures polluantes.

Strasbourg se distingue en effet par son offre de transports en commun, malgré une politique budgétaire fortement contrainte, la ville a su étendre ses lignes de tram et aménager son réseau de bus. Strasbourg peut également vanter un puissant réseau cyclable avec déjà 500 km de pistes dédiées.

Nantes fait aussi partie des bons élèves avec ses neuf nouvelles lignes de “chronobus” et des projets de rénovations de plusieurs lignes de tram annoncés. Même si de lourds investissements ont été faits sur son réseau cyclable, la ville affiche encore de timides résultats liés notamment à “absence de politique d’information, d’éducation et de verbalisation du non-respect des aménagements vélo par les automobilistes” explique Greenpeace.

Paris et Grenoble affirment leurs ambitions

Paris affiche de bons résultats grâce à d’importantes initiatives prises en faveur d’une ville libérée de voitures diesel et essence (des mesures très controversées auprès des automobilistes parisiens en grande partie suite à la fermeture des berges de Seine) et la mise en place d’une zone à circulation restreinte permanente. La capitale s’est également “fixée l’objectif d’une ville zéro véhicule diesel en 2024 et zéro véhicule essence en 2030” précise l’ONG.

A contrario, le rapport souligne que Paris doit encore redoubler d’effort concernant son réseau cyclable qui a pris beaucoup de retard ces derniers mois. Simon Labouret, porte-parole de l’association cycliste Paris en Selle reconnaît même “qu’à ce rythme, le plan vélo (voté en mai 2015) ne sera pas terminé avant 2027, soit sept ans de retard”.

La ville de Grenoble affiche également de grandes intentions comme celle d’interdire la circulation aux voitures individuelles diesel d’ici 2030 ou encore de ralentir la vitesse du trafic routier à 30km/h dans la majeure partie de la ville.

De manière globale, Greenpeace estime que les politiques en matière de développement d’alternatives à la voiture sont toujours insuffisantes en France : les restrictions sur les véhicules polluants seraient trop faibles et les réseaux vélos encore très limités. Toutefois, l’ONG n’omet pas de souligner les efforts faits dans la catégorie des transports en commun (bus, tram…) de plusieurs villes et des mesures annoncées notamment par Paris d’ici à 2020.

*Le Réseau Action Climat est une fédération d’associations nationales et locales, qui lutte contre les causes des changements climatiques, de l’échelle internationale à l’échelle locale.