Publié le 16.07.18

Métiers du bâtiment : vers une féminisation de la profession ?

Analyser le rapport des femmes au logement : c’est l’objectif de l’étude “Genre et habitat : des logements par tou.tes et pour tou.te.s”, commanditée par Nexity auprès de cinq étudiantes* du Master Stratégies territoriales et urbaines (École urbaine de Sciences Po). À cette occasion, elles sont revenues sur la place qu’occupent aujourd’hui les femmes dans le secteur de l’immobilier et de la construction et ont choisi de mettre en lumière les mesures prises pour favoriser leur insertion.

Les femmes et le secteur du bâtiment ne font pas encore la paire. En 2016, rappelle l’étude, elles n’étaient que 12% à exercer une profession dans ce domaine. Autre constat : les femmes occupent majoritairement des postes à plus faibles responsabilités par rapport à leurs homologues masculins, comme le démontre une enquête issue de l’Annuaire de l’Immobilier. Elles ne représenteraient en effet que 18,4% des cadres du bâtiment. La surreprésentation masculine dans les milieux de l’immobilier et de la construction resterait donc une réalité même si plusieurs acteurs se mobilisent pour faire bouger les lignes.

La mixité est d’ailleurs devenue, depuis 2015, le cheval de bataille de la Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment) qui a signé un plan pour la mixité avec l’État. Ce plan s’inscrit dans la stratégie gouvernementale “d’atteindre la mixité dans un tiers des métiers d’ici à 2025”. Lors de la signature, le ministère de l’économie avait d’ailleurs rappelé que “contrairement aux idées reçues, la force physique n’est plus un préalable dans les métiers du bâtiment qui offrent des possibilités de créativité, de flexibilité et des perspectives de promotion importantes et rapides”.

Sensibiliser les jeunes talents

Selon l’étude, les écoles se doivent de promouvoir et de valoriser les métiers du bâtiment auprès du public féminin et ce, dès l’obtention du baccalauréat. Or, grâce à des formations de plus en plus variées, les études de la construction et de l’immobilier ne mènent “plus simplement à la finance ou à l’ingénierie”, précise l’étude. Elles s’ouvriraient également à d’autres voies, liées à l’environnement ou au développement durable par exemple. Une diversité dans la formation qui conduirait de facto à une représentation plus égalitaire des genres sur les bancs des écoles du secteur. L’École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l’industrie (ESTP) est particulièrement engagée sur cette question. En avril dernier, elle a organisé – avec l’association Elles bougent – une opération visant à faire découvrir les métiers du bâtiment à des lycéennes qui ont pu visiter plusieurs chantiers le temps d’une journée.

Des programmes de marrainage se mettent également en place, offrant la possibilité à des jeunes filles de bénéficier du réseau de professionnelles du bâtiment, de l’architecture, de la création et du patrimoine. Des initiatives qui leur permettent d’accéder à certains postes auxquels elles ne se sentaient, pour la plupart, pas assez légitimes. L’opération “Sensation’Elles”, rallye féminin de la construction, a par exemple accueilli plus de 350 participantes avec 35 départements représentés.

En entreprise aussi cette nouvelle forme de soutien à la mixité apparaît. C’est le cas notamment au sein du groupe Egis, où a été mis en place un système de mentorat afin d’encourager les collaboratrices à potentiel. “Nous nous sommes engagés, lors des revues de cadres de direction en présence d’un poste susceptible de se libérer, d’examiner au moins une candidature féminine” détaille Frédéric Périn, DRH du groupe.

Dans leur étude, les étudiantes de Science Po rappellent que les entreprises publiques et privées doivent s’assurer que les processus de recrutement soient paritaires. Elles préconisent par exemple la présence de “personnes sensibilisées à l’égalité” dès la phase d’entretiens d’embauche.

Permettre la conciliation vie professionnelle – vie personnelle

D’après l’étude, l’équilibre vie professionnelle – vie personnelle représenterait aujourd’hui un enjeu clé pour les entreprises : 32% des femmes déclareraient en effet que la naissance de leur premier enfant a eu une incidence sur leur emploi, contre 10% des hommes. Les employeurs tentent donc de trouver des solutions à mettre en place comme la “rationalisation des horaires de réunion, le télétravail, ou encore le développement des crèches en entreprise” précise le rapport. Plusieurs entreprises s’engagent à travers des actions concrètes, à l’image du Groupe Aviva, qui propose 10 semaines de congé parental au deuxième parent, durant lesquelles tous ses droits et revenus sont maintenus.

Nexity s’engage également en s’alliant au groupe Babilou pour la réservation de places en crèches. En 2016, 65 collaborateurs ont ainsi pu bénéficier d’une place en crèche, proche de leur domicile ou de leur lieu de travail, soit deux fois plus qu’en 2015.

Le logement inclusif : grand défi du XXIème siècle

La féminisation progressive des métiers de l’immobilier et de la construction permettrait également l’émergence de nouvelles façons de concevoir l’habitat : “La prise en compte des besoins des femmes comme de ceux de différents publics est nécessaire à la production de logements novateurs et inclusifs”, souligne l’étude. Envisager le logement à travers le spectre féminin pourrait donc favoriser une meilleure prise en compte des différents usages au sein de l’habitat, comme par exemple la répartition des tâches ménagères.

Vienne et Barcelone apparaissent aujourd’hui comme deux villes très avancées sur la question du logement inclusif. Ces villes possèdent des politiques d’égalité hommes-femmes particulièrement poussées grâce à l’impulsion d’urbanistes et d’élues particulièrement engagées en matière de politique urbaine. Le complexe Frauen Werk Stadt de Vienne en est le parfait exemple : cette résidence a été créée par un appel d’offre uniquement réservé aux architectes femmes et pensé pour répondre aux besoins domestiques des femmes. Le bâtiment a été entièrement pensé pour faciliter les tâches domestiques et créer de la mixité sociale grâce à une localisation optimale, à proximité des commerces, services, crèches, espaces verts et transports en commun. “En réalité, j’ai surtout fait preuve de bon sens, pour améliorer la qualité de vie de toutes et tous” résume l’architecte autrichienne du projet.

Pour les étudiantes, l’idée de smart city semble intimement liée à la notion d’inclusion. Favoriser l’insertion des femmes dans la conception de l’urbanisme ne serait-elle pas la plus grande garantie pour faire de la ville un lieu où chacun s’épanouit, quel que soit son genre ?

 

*Laura Biaud, Morgane Gasse, Héloïse Imbert, Isabelle Imhof, Louise Kerris (avec l’aide d’Audrey Noeltne