Publié le 25.09.18

Quels sont les matériaux qui façonneront la ville de demain ?

En France, le ciment et le béton ont longtemps été considérés comme les grands favoris de la construction. Réputés comme étant solides et chimiquement stables, le ciment est pourtant responsable de 5% des émissions de CO2 et le béton de 20 millions de tonnes de déchets à l’échelle nationale. Aujourd’hui plus que jamais, l’enjeu est donc de rendre les matériaux plus écologiques.

Le secteur du bâtiment et de la construction est en effet l’un des secteurs les plus concernés par les enjeux du développement durable. Les chiffres le prouvent* : la construction représente environ 40% des émissions de CO2 des pays développés, 37% de la consommation d’énergie et 50% des déchets produits. Ingénieurs, urbanistes, architectes tentent donc de réinventer les pratiques de construction, de la conception jusqu’au chantier, en favorisant des matériaux plus intelligents et plus écologiques.

Les matériaux recyclés

Pour les entreprises du BTP ainsi que pour les territoires, s’impliquer dans l’économie circulaire est devenu une priorité. La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte fixe en effet la barre haute : d’ici à 2020, le taux de valorisation des déchets du BTP doit atteindre l’ordre de 70%. De nombreux programmes de recherche sont donc menés afin d’assurer la fiabilité des matériaux issus du recyclage. Quelques filières commencent à émerger, notamment celle de la fabrication de structures faites à partir de plâtre recyclé issu des déchets de chantiers. D’autres avancées ont lieu sur le béton, le verre, les laines minérales.

Poullard, une PME française de terrassement a d’ailleurs mis au point le premier béton recyclé, issu à 100% des démolitions. Le procédé est simple : l’entreprise récupère des blocs de béton, qui sont broyés puis lavés afin de retourner à l’état de sable et de graviers. Une centrale à béton est ensuite chargée de produire un nouveau béton prêt à l’emploi. Celui-ci dispose “des mêmes résistances techniques que le béton non-recyclé” affirme le fondateur de la PME.

Les matériaux biosourcés

En 2012 a été mis en place le label “Bâtiment biosourcé” par les pouvoirs publics afin de valoriser l’utilisation des matériaux et produits de construction biosourcés. Les matériaux biosourcés sont issus du vivant, d’origine animale comme la laine de mouton ou végétale comme le bois, la paille ou encore le chanvre. Particulièrement reconnus pour leur performances en matière d’isolation, ces matériaux représentent une alternative fiable aux ressources fossiles.

En Île-de-France, le programme “Biomasse pour le futur” lancé il y a près de cinq ans par les collectivités territoriales, laboratoires de recherches, industriels et coopératives agricoles, a conduit à la création du béton de miscanthus. Le miscanthus est une plante originaire d’Asie non invasive et ne nécessitant ni engrais, ni irrigation. Sa culture s’adapte donc aux terres polluées, dégradées des paysages urbains. En plus de pouvoir se développer facilement, le béton de miscanthus offre également une résistance thermique élevée (R=0,7M2.k/W contre 0,2 pour les blocs traditionnels) et atteste d’une capacité isolante lui permettant de s’inscrire dans les réglementations en vigueur et à venir.

Après de nombreux essais validés, une demande pour un premier chantier expérimental de 46 logements a d’ailleurs été déposée l’an dernier dans le département de Seine-et-Marne. Les bâtiments seront construits à partir de granulats constitués à 60% de miscanthus.

Les matériaux augmentés

Selon l’ONU, plus de 70% de la population vivra en ville en 2050 et près de trois milliards de personnes auront besoin de nouveaux logements. Face à ce constat et aux enjeux environnementaux actuels – réchauffement climatique, raréfaction des ressources naturelles, pollution atmosphérique, etc. – la fabrication des matériaux tels que l’acier et le béton semble compromise. Longtemps délaissé par les maîtres d’ouvrage, le bois fait depuis quelques années son grand retour. Issu de forêts gérées durablement, c’est en effet l’un des matériaux les plus à même de stocker du carbone (celui-ci conserve le CO2 absorbé par l’arbre durant sa croissance). Le seul hic : le bois n’est en l’état pas assez rigide pour construire des bâtiments de très grande hauteur.

Timothée Boitouzet, jeune architecte français, s’est donc lancé un défi celui de créer un bois aussi résistant que le béton. Sa technologie brevetée consiste à injecter du bois dans l’espace disponible – celui-ci étant composé de 60 à 90% d’air – une fine couche de matière plastique permettant de le rigidifier. À terme, ce bois devrait permettre de construire des tours dépassant les 35 étages, soit 3 fois plus hautes que les constructions en bois actuelles.

*Philippe Deshayes, « Le secteur du bâtiment face aux enjeux du développement durable : logiques d’innovation et/ou problématiques du changement ».