Publié le 19.01.18

Unity Cube : six étudiants transforment des bureaux inoccupés en hébergements d’urgences

“Occuper l’inoccupé” : c’est le slogan de l’association Unity Cube qui entend proposer une solution d’hébergement d’urgence innovante. À Toulouse, alors que plus de 220 000 mètres carré de bureaux sont inoccupées, 6 étudiants ont eu l’ingéniosité d’utiliser cette surface perdue en y installant des modules prêt-à-poser habitables pour les sans-abris.

Une boîte dans la boîte. Il s’agissait au départ d’un simple projet d’étude, le travail de ces 6 étudiants de l’INSA Toulouse et de l’ENSA Toulouse est devenu une solution d’entrepreneuriat social très prometteuse. Baptisée Unity Cube, elle consiste à construire des modules d’habitation intégrables dans les immeubles de bureaux vacants, à partir de palettes de bois recyclé.

Si l’idée suscite aujourd’hui l’intérêt de nombreuses institutions et associations, c’est avant tout parce qu’elle répond à une réalité incontestable. Dans la ville rose, ce ne sont pas moins de 220 000 mètres carré de bureaux qui sont inoccupés. Face à cela, 29 000 demandes de logements sociaux ont été recensées en 2015, dont certaines n’ont pas pu trouver de solution. Dans une interview donnée au Monde, Théo Guérini et Valentin Massol racontent : “La transformation des bureaux en logements coûte cher. Pour convaincre les propriétaires des bâtiments, il fallait une solution simple. D’où l’idée des modules habitables mais temporaires, pour que les biens puissent être récupérés facilement, à la fin d’un contrat de six mois par exemple, le temps du plan de logement hivernal”.

Et si le projet est née à Toulouse, il pourrait bien trouver sa place dans toute la France. Car, alors que la France abrite près de 5 millions de mètres carrés de bureaux vides, 4 millions de personnes seraient aujourd’hui sans toit, mal logées ou sans logement personnel, selon le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre.

Des constructions durables en bois de palettes recyclé

C’est grâce à un système innovant, imaginé par Sofrinnov, que les modules d’habitation de Unity Cube peuvent être assemblés. À la manière d’une construction LEGO, elles sont construites à partir de palettes en bois recyclé : une technique simple, rapide et surtout durable, n’impliquant aucun traitement chimique.

Intérieur du module de couchage (Crédit : Unity Cube)

Autre grande force de cette solution : sa flexibilité. Si un module standard fait 35m² et pourra loger jusqu’à 4 personne, il peut aussi s’adapter en fonction de l’espace et du nombre de personnes qui vivent dedans. Chambres, pièce à vivre, cuisine et sanitaires : tout a été pensé pour respecter le confort et l’intimité des différents membres de la famille.

Des freins juridiques à lever

Malgré son potentiel incontestable, le projet soulève des questions juridiques. La loi Molle de 2009 ne permettrait pas l’usage de bâtiments à une autre fin que celle prévue initialement lors de leur construction. Néanmoins, aucun décret ne permettrait de l’appliquer aujourd’hui. “Il faut donc outrepasser cette inapplicabilité et obtenir un accord franc de la préfecture”, explique Clément Breton dans un article publié sur WeDemain.

Module d’hébergement en cours de montage (Crédit : Unity Cube)

Les étudiants seraient ainsi en contact avec les pouvoirs publics et les associations de terrain pour qui cette solution est également intéressante sur le plan économique : elle est bien moins coûteuse que les nuits d’hôtel à financer lorsque les centres d’hébergement d’urgence n’ont plus de place à offrir. En acceptant un ou plusieurs modules de l’association, les propriétaires de ces bureaux vides peuvent toucher un petit loyer en contrepartie (35 euros par personne hébergée). Mais avant tout, cette solution offre aussi le moyen de se prémunir contre le vandalisme et les squats, et des bureaux vides impliquent nécessairement des frais de gestion, de gardiennage et d’entretien.

Les prochaines étapes pour l’association : poursuivre son développement à Toulouse mais conquérir aussi d’autres villes. Unity Cube étudie notamment des pistes de développement avec Paris et la région d’Île-de-France.