Publié le 23.07.18

Vers un habitat collectif participatif, modulable et intergénérationnel

Après avoir appréhendé la question du logement à travers le spectre du genre, cinq étudiantes de Sciences Po* ont identifié de nouvelles formes d’habitat qui pourraient permettre une meilleure inclusion des individus. Parmi ces alternatives : l’habitat participatif, modulable, intergénérationnel. Visite guidée.

Trouver un logement bien situé, correctement agencé et au prix juste est un véritable casse-tête pour la majorité des français. Les logements ne sont plus adaptés aux modes de vie contemporains et leurs aléas : divorce, chômage, vieillesse, départ tardif des enfants de la maison ou à contrario retour improvisé et recomposition familiale. Pour pallier à ce problème, des architectes, urbanistes et promoteurs imaginent de nouvelles façons de se loger, mieux adaptées à la diversité des parcours de chacun.

L’habitat participatif au coeur d’une démarche inclusive et novatrice

Vivre en “oasis”, c’est ainsi que l’essayiste et pionnier de l’agriculture biologique Pierre Rabhi décrit le fait d’habiter un logement participatif. Le principe est simple : un groupe de personnes choisit de s’associer pour concevoir leur lieu de vie. Concrètement, chaque ménage dispose d’espaces privatifs et un accès à des espaces collectifs comme le jardin, la cuisine ou encore des salles de jeux pour enfants. Pour monter ce type de projet collaboratif, les habitants ont le choix entre la création de deux types de sociétés, prévues dans un article de la loi Alur depuis mars 2014 qui reconnait officiellement l’habitat collectif : la coopérative d’habitants ou la société d’attribution et d’autopromotion. Le fonctionnement reste néanmoins le même : les décisions sont prises à la majorité des participants selon le principe d’un homme – une voix. Ce mode d’habitat atypique est encore peu connu du grand public mais cependant déjà remarqué pour la longue liste de ses avantages. Il permet entre autre une baisse considérable du budget de construction pouvant aller jusqu’à 20% par rapport à un logement traditionnel.

Outre des avantages économiques incontestables, l’habitat participatif est avant tout un moyen de favoriser le vivre ensemble. Il développe les rencontres et les échanges des habitants au quotidien et entraîne une meilleure répartition des tâches au sein des ménages en mettant à profit les compétences et expertises de chacun.

À Toulouse, les habitants d’un nouveau immeuble coopératif inauguré fin juin par l’opérateur Groupe des Chalets, découvrent eux aussi les joies de la vie commune. L’écoquartier de la Cartoucherie héberge désormais la plus grande résidence d’habitat participatif de France, et comprend en plus des 17 appartements allant du T1 au T6, une salle commune avec cuisine en rez-de-chaussée, trois chambres d’amis, un jardin collectif au sol et un autre sur le toit, un local vélo, une buanderie et  des rangements. Véronique, propriétaire d’un des appartements de la résidence, apprécie particulièrement sa nouvelle façon de vivre et surtout le fait de ne “pas manger seule”, se confie-t-elle au journal local La République des Pyrénées.

Mais qui se heurte à certaines contraintes

Dans la plupart des pays où se construisent les habitats collectifs, comme en Allemagne ou encore en Suisse, ce sont habituellement les Mairies qui fournissent le terrain et garantissent les prêts auprès des banques lorsque les ressources des groupes de participants ne sont pas suffisantes. Ce n’est pas le cas en France. Car même si la loi Alur pose le cadre légal et juridique des logements collectifs, elle ne mentionne aucune proposition d’aide au financement, ni d’obligation pour les municipalités de réserver des terrains.

Les protagonistes de l’habitat participatif de Paris en font par exemple les frais. La capitale se heurte en effet, à un manque cruel de terrains. La Coop SVP, une coopérative d’habitat du 14ème arrondissement, vient seulement d’obtenir le feu vert pour la construction d’un projet participatif près dix ans de bataille pour acquérir un terrain. Utop, première association d’habitants depuis l’entrée en vigueur de la loi, semble rencontrer le même problème et ne réussit pas à obtenir de terrain, et ce, malgré l’implication de la Mairie.

D’autres formes de logements, moins disruptives peut-être, peuvent également répondre à ces besoins d’adaptabilité et de solidarité. C’est en tout cas le défi que tentent de relever l’habitat modulable et l’habitat intergénérationnel.

L’habitat modulable et intergénérationnel : deux alternatives à fort potentiel

L’habitat modulable offre l’opportunité aux ménages de modifier leur appartement ou maison tout au long de la vie. Lorsqu’un enfant grandit, une pièce à vivre peut par exemple, être facilement cloisonnée afin de devenir une chambre.

Le logement modulable est également déjà plébiscité par les acteurs de la Silver Économie et semble être une alternative viable aux EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes). Ce type de logement permet en effet à une personne âgée de pouvoir cohabiter avec sa famille tout en préservant son intimité et son indépendance.

En 2016 par exemple, Aline Maréchaux et Pascal Colne, maîtres d’oeuvres en écologie de la construction et dans la transformation de l’habitat, inauguraient à Vitry-sur-seine une maison en bois évolutive, pensée pour accueillir les personnes âgées ou à mobilité réduite.

Rompre l’isolement et favoriser l’entraide entre les personnes sont aussi les enjeux de l’habitat intergénérationnel. Comme son nom l’indique, ce logement a été conçu pour accueillir toutes les générations : séniors, familles, étudiants… Dans la plupart des cas, le logement intergénérationnel se base sur le principe du donnant-donnant : une personne âgée qui dispose d’un logement trop volumineux loue une chambre à faible coût à un étudiant, en échange d’une simple présence et/ou de services rendus. La ville de Nice, qui connaît un vieillissement de sa population très important, s’est largement inspirée de ce concept et a récemment dévoilé – avec le soutien d’AG2R La Mondiale – un projet d’habitat partagé de 38 logements dont 27 pour des étudiants, 8 pour des personnes âgées et 3 pour des familles.

La vie en communauté semble séduire de plus en plus de français, toutes générations confondues. Certains habitants, désireux de vivre en communauté ou de rompre l’isolement, souhaitent jouer un rôle moteur dans la construction de leur lieu de vie. Une nouvelle dynamique collaborative et respectueuse de l’environnement offre une vision novatrice de l’habitat et du vivre ensemble.

 

*Étude “Genre et habitat : des logements par tou.tes et pour tou.te.s”, commanditée par Nexity en octobre 2017 auprès de cinq étudiantes du Master Stratégies territoriales et urbaines de Sciences Po : Laura Biaud, Morgane Gasse, Héloïse Imbert, Isabelle Imhof, Louise Kerris (avec l’aide d’Audrey Noeltner).