Publié le 14.05.18

La blockchain va-t-elle révolutionner l’immobilier ?

Le mot est sur toutes les lèvres. La blockchain fascine et entend renouveler de nombreux modèles, dans l’ensemble des secteurs d’activité. Sur le marché de l’immobilier, ses applications commencent à voir le jour depuis 2 ans, avec la promesse d’une gestion et des transactions moins coûteuses, plus transparentes et plus sécurisées.

Il convient de rappeler tout d’abord ce qu’est la blockchain. Il s’agit non pas d’un outil mais d’un registre qui historise tous les échanges réalisés sur une plateforme. Pour une monnaie, il s’agit par exemple d’historiser toutes les transactions. La particularité de ce registre est d’être découpé en de nombreux mini-registres – appelés blocs – répartis entre différents ordinateurs, qui ont accepté de valider les transactions – appelés ordinateurs de minage ou mineurs.

En résumé, la blockchain est donc une technologie qui permet de certifier des transactions et des contrats de façon transparente et sécurisée. Elle fonctionne sans organe central de contrôle et dans l’idéal de son fonctionnement, est infalsifiable. Grâce à la blockchain, les cryptomonnaies (monnaies virtuelles) permettent de réaliser des transferts de pair à pair, sans banque et à frais réduits. Autre terme à connaître : les “smart contracts”, qui sont quant à eux des contrats qui s’appuient sur la technologie blockchain pour rendre infalsifiables les conditions de leurs exécutions.

A priori, l’immobilier et la blockchain semblent pouvoir former le duo parfait. Le secteur se base en effet sur des transactions, de l’information (financière, juridique, immobilière, etc.), de la certification et des contrats. C’est justement sur ces aspects que la blockchain peut jouer son rôle.

Valider la propriété des biens immobiliers

La blockchain est depuis peu utilisée pour la certification de la propriété. En 2015, le gouvernement du Honduras faisait appel à l’organisme Epigraph pour répertorier l’entièreté de son territoire sur la blockchain et éviter que les plus riches ne s’octroient des biens qu’ils ne possèdent pas. Si le projet n’est pas encore abouti, cette démarche gouvernementale a été accueillie très favorablement par la société civile hondurienne, notamment par la Fondation Eléutera qui soutient fermement ce projet et a publié une étude sur le bénéfice de l’usage de la blockchain en matière d’administration foncière au Honduras.

Un des autres premiers cas du genre : celui de l’organisation africaine Bitland qui, face aux problèmes de propriété que rencontrait le Ghana début 2016, a également utilisé la blockchain pour référencer et valider les cadastres du pays.

Le Brésil s’est récemment lui aussi engagé dans une démarche similaire, avec la plateforme Ubiquity. Tous les enregistrements et modifications relatifs aux biens immobiliers sont là aussi consultables via la principale blockchain mondiale, ce qui contribue à renforcer la transparence du marché.

La blockchain autorise la gestion de la propriété et des disputes d’une façon équitable et transparente, et sert de sauvegarde quand l’original est détruit ou égaré ”

Nathan Wosnack, président et fondateur d’Ubitquity

Acheter sa maison en cryptomonnaie : déjà une réalité ?

Face au potentiel de cette technologie décentralisée dans le secteur immobilier, les startups et créateurs de crypto-monnaies investissent dans des solutions qui promettent de sécuriser les échanges tout en réduisant la paperasse administrative.

C’est par exemple le cas de la startup Propy, qui souhaite faciliter l’acquisition de biens depuis l’étranger en s’appuyant sur la blockchain et les smart contracts. Elle a créé sa propre crypto-monnaie, un “token” (actif numérique) basée sur Ethereum, lancé après une levée de fonds de 15 millions de dollars. La première transaction immobilière au monde basée entièrement sur des blockchains a ainsi pu être effectuée en septembre 2017 : un appartement en Ukraine acheté par Michael Arrington, co-fondateur du site TechCrunch. Ce dernier n’a même pas eu besoin de se rendre sur place, toute la transaction ayant été gérée grâce aux blockchains, de la transmission à la signature des contrats.

Depuis, la startup alimente sa plateforme d’immobilier “peer-to-peer” qui diffuse des annonces relatives à des appartements et des maisons à San Francisco, Dubaï ou Pékin, entre autres, tous achetables via une appli mobile. L’offre semble séduire : en janvier 2018, Propy a également établi un partenariat officiel avec une ville du Vermont, aux Etats-unis, pour inscrire tous les échanges de biens immobiliers sur sa blockchain, promettant de réduire de moitié le temps de traitement des transactions.

Vers des contrats de plus en plus “smart”

Si aujourd’hui, les smart contracts permettent déjà de réaliser des transactions immobilières, la blockchain laisse présager bien d’autres usages pour demain. On pourrait par exemple imaginer que les contrats soient programmés en fonction des biens et des parties prenantes. Les flux d’argent seraient ainsi automatisés et s’ajusteraient au fur et à mesure du temps, en fonction de ce qui est défini dans le contrat. En cas de vice caché ou de litige par exemple, l’argent pourrait être rendu à l’acquéreur. Et dans une transaction immobilière, il pourrait être possible de rémunérer automatiquement les différentes parties prenantes du contrat : notaires, état, banques, conseil immobilier…

Pour la gestion locative, la blockchain pourrait également déboucher sur des contrats intelligents qui régiraient automatiquement tous les incidents. Si le locataire a dégradé un bien par exemple : l’argent lui serait directement prélevé en fonction des travaux à faire. À l’inverse, si un incident incombe la responsabilité du propriétaire, c’est le locataire qui se verrait dédommagé automatiquement grâce au smart contrat. En historisant tous les incidents associés à un bien, la blockchain pourrait permettre aux investisseurs, aux acheteurs, aux locataires ou encore à l’état, de suivre en temps réel toutes les informations liées à un bien immobilier.

Mais si tout devient historisé, que les transactions s’effectuent sans organisme de contrôle, que les contrats deviennent intelligents, comment la chaîne de valeur immobilière sera-t-elle transformée ?

Il paraîtrait assez logique que la blockchain nous amène de nombreux cas d’usages dans lesquels une partie du travail humain pourrait être automatisé, qu’il s’agisse des activités du notaire, de l’agent immobilier, du syndic de copropriété… Mais cela ne nous permettrait-il pas de nous concentrer, nous humains, sur ce qui compte vraiment, ce qui a du sens : le conseil, l’intuition, l’intuitu personae ?